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rousseau

  • Le MoDem entre Rousseau et Voltaire

    J'ai eu souvent le sentiment, ces derniers temps, qu'une tentation schismatique  traversait le MoDem, mais c'est une note récente de Farid Taha à propos de Voltaire qui me donne l'occasion de donner mon sentiment sur le sujet. Il se demandait en effet dans quel parti serait Voltaire aujourd'hui. J'ai une réponse toute trouvée à cette question mystique.

    Depuis quelques temps, une vaguelette geignardo-mystique aux ascendances clairement rousseauistes se prend pour un Tsunami espérant submerger le MoDem de sa bonne conscience dégoûlinante. Sa nature d'essence rousseauiste se révèle notamment dans les traits caractéristiques suivants:

    - goût immodéré pour l'accumulation (voire l'amoncellement) d'amendements (voir Contrat Social)

    - ego surdimensionné ( voir Confessions)

    - Appétit exacerbé pour la leçon de morale (voir l'Emile)

    - Goût prononcé pour les figures d'amplification dans la rédaction des écrits (gradation, exagérations, hyperboles, accumulations, et cetera...)

    - gémissements en tout genre , cris, pleurs voire pleurnicheries, criaillerires diverses et variées,   (Rêveries du promeneur solitaire)

    - sentiment de perscution, paranoia (Rêveries du promeneur solitaire)

    - attachement maladif au texte (contrat social)

    - conviction d'entreprendre un projet unique au monde (voir incipit des Confessions)

    En face les voltairiens , souvent ex-udf (mais pas toujours), esprits pragmatiques et libéraux,   préconisant avant toutes choses de cultiver leur jardin (Candide) avant de vouloir changer le monde.

    Les premiers étant convaincus d'avoir raison, envers et contre tous,  j'en ai profité pour relire l'article "Raison" dans le Dictionnaire philosophique de notre ami de Ferrey. Je le copie ici : à n'en pas douter il va évoquer quelque chose de connu aux connaisseurs dela blogosphère MoDem.

    Dans le temps que toute la France était folle du système de Law, et qu’il était contrôleur général, un homme qui avait toujours raison vint lui dire, en présence d’une grande assemblée:

    « Monsieur, vous êtes le plus grand fou, le plus grand sot, ou le plus grand fripon qui ait encore paru parmi nous; et c’est beaucoup dire: voici comme je le prouve. Vous avez imaginé qu’on peut décupler les richesses d’un État avec du papier; mais ce papier ne pouvant représenter que l’argent, représentatif des vraies richesses qui sont les productions de la terre et des manufactures, il faudrait que vous eussiez commencé par nous donner dix fois plus de blé, de vin, de drap et de toile, etc. Ce n’est pas assez, il faudrait être sûr du débit. Or vous faites dix fois plus de billets que nous n’avons d’argent et de denrées; donc vous êtes dix fois plus extravagant, ou plus inepte, ou plus fripon que tous les contrôleurs ou surintendants qui vous ont précédé. Voici d’abord comme je prouve ma majeure. »

    A peine avait-il commencé sa majeure qu’il fut conduit à Saint-Lazare. (NDLR : une prison)

    Quand il fut sorti de Saint-Lazare, où il étudia beaucoup et où il fortifia sa raison, il alla à Rome; il demanda une audience publique au pape, à condition qu’on ne l’interromprait point dans sa harangue, et il lui parla en ces termes:

    « Saint Père, vous êtes un antechrist, et voici comme je le prouve à Votre Sainteté. J’appelle antechrist ou antichrist, selon la force du mot, celui qui fait tout le contraire de ce que le Christ a fait et commandé. Or le Christ a été pauvre, et vous êtes très riche; il a payé le tribut, et vous exigez des tributs; il a été soumis aux puissances, et vous êtes devenu puissance; il marchait à pied, et vous allez à Castel-Gandolfe dans un équipage somptueux; il mangeait tout ce qu’on voulait bien lui donner, et vous voulez que nous mangions du poisson le vendredi et le samedi, quand nous habitons loin de la mer et des rivières; il a défendu à Simon Barjone de se servir de l’épée, et vous avez des épées à votre service, etc., etc., etc. Donc en ce sens Votre Sainteté est antechrist. Je vous révère fort en tout autre sens, et je vous demande une indulgence in articulo mortis. »

    On mit mon homme au château Saint-Ange. (NDLR : une prison)

    Quand il fut sorti du château Saint-Ange, il courut à Venise, et demanda à parler au doge. « Il faut, lui dit-il, que Votre Sérénité soit un grand extravagant d’épouser tous les ans la mer: car, premièrement on ne se marie qu’une fois avec la même personne; secondement, votre mariage ressemble à celui d’Arlequin, lequel était à moitié fait, attendu qu’il ne manquait que le consentement de la future; troisièmement, qui vous a dit qu’un jour d’autres puissances maritimes ne vous déclareraient pas inhabile à consommer le mariage? »

    Il dit, et on l’enferma dans la tour de Saint-Marc. (NDLR : une prison)

    Quand il fut sorti de la tour de Saint-Marc, il alla à Constantinople; il eut audience du mufti, et lui parla en ces termes: « Votre religion, quoiqu’elle ait de bonnes choses, comme l’adoration du grand Être, et la nécessité d’être juste et charitable, n’est d’ailleurs qu’un réchauffé du judaïsme, et un ramas ennuyeux de contes de ma mère-l’oie. Si l’archange Gabriel avait apporté de quelque planète les feuilles du Koran à Mahomet, toute l’Arabie aurait vu descendre Gabriel: personne ne l’a vu; donc Mahomet n’était qu’un imposteur hardi qui trompa des imbéciles. »

    A peine eut-il prononcé ces paroles qu’il fut empalé. Cependant il avait eu toujours raison. (NDLR : bien fait pour sa g..., il l'avait bien cherché, non ?)