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samedi, 02 juin 2007

Le mystère n'arrête pas la pensée mais il donne encore à penser

Je lisais tout récemment le compte-rendu d'une disputatio (controverse théologique) que faisait Pierre Albertini sur son blog, notamment, sur les rapports qui unissent ou opposent le mystère à la pensée. En effet, les religions monothéistes entrant dans la catégorie des religions révélées, elles fondent leur doctrine généralement sur le mystère, et, en ce sens, tout au long de l'histoire, ont pu paraître être en opposition à la raison, puisque par définition, la raison s'arrête là où commence le mystère.

Pour ma part, dans le rainsonnement suivant, issu de les lectures platoniciennes et tout particulièrement de l'interprétation que le philosophe Nicoas de Cluses fait des thèses platoniciennes, j'ai tenté de dépasser la controverse :

 Le mystère est à l'origine, de toutes façons, de  la dialectique, tout du moins, la dialectique platonicienne.
Il faut bien en effet l'admettre pour que la pensée chemine. Pourquoi ? Parce que la pensée est d'abord un aller-retour permanent entre l'identité et l'altérité. J' ai besoin de moi, c'est à dire du même, de l'identique, pour me fonder, mais, paradoxalement, je ne prends conscience de moi que grâce à l'autre parce qu'il il est différent : si l'autre n'existait pas, je n'aurais pas conscience d'être le même.
Or, ce seul élément est en soi mystérieux : dialectiquement, le même et l'autre sont en principe inconnaissables l'un à l'autre puisqu'ils n'ont rien de commun. Mais, dans ce cas, comment peut-il s'établir une relation entre le même et l'autre ? Et si la pensée est bien un aller-retour continuel et incessant du même vers l'autre et vice-versa, comment est-elle possible si aucun point commun n'unit l'autre au même, cas dans lequel, l'essence du même participerait de l'autre, ce qui est logiquement et dialectiquement impossible, sauf à admettre que le blanc bien qu'opposé radicalement au noir, comporte du noir.

Alors, dans ce cas, dans un contexte platonicien, sans doute revisité par la catholicisme, il est vrai, il faut bien admettre que le cheminement même de la pensée est transcendant, ce qui revient à dire qu'il est en soi un mystère.

Et voilà pourquoi le mystère n'arrête pas la pensée, mais donne à penser.

 

NDLR : petite précision sur ce qu'est la disputatio, au fait...

Il faut entendre ici le terme de disputatio - traduit par 'dispute' ou encore 'discussion' - au sens le plus technique du terme. Au Moyen Âge, en effet, la disputatio est tout à la fois une méthode d'enseignement et de recherche, une technique d'examen et une forme d'exercice omniprésente dans les mours intellectuelles et universitaires des médiévaux . Liée à la définition aristotélicienne de la dialectique, elle se présente sous la forme d'un débat oral entre deux ou plusieurs interlocuteurs et se tient devant un auditoire. Un "opponens" vient présenter des objections à la thèse proposée puis un "respondens" est chargé d'opposer des contre-arguments aux objections premières, de sorte qu'il pouvait s'établir un véritable débat d'arguments par cette mise en oeuvre de la méthode du sic et non. Une fois l'ensemble des arguments épuisés, le maître tranche le débat en une solution argumentée, dite "determinatio".