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dimanche, 22 mars 2009

Une éducation meilleure dans un monde meilleur...

Je n'allais pas en demeurer là quant à notre débat avec Fred (Démocratie sans frontières) à propos de l'éducation. Deux remarques avant toutes choses : je sais que c'est un fervent défenseur d'Obama, mais il ne me fera pas pour autant renoncer à l'idée que ce n'est pas en stigmatisant les enseignants que l'on fait avancer l'école. Dans son dernier billet, il répond qu'Obama a simplement parlé d'évaluer les profs et de séparer le bon grain de l'ivraie.

Avant de poursuivre, je tiens à dire d'abord que je souscris pleinement aux conclusions de Florent (Ataraxosphère) sur la nécessité d'une filière d'excellence partout ce qui revient à faire porter l'égalité sur l'aspect territorial. En revanche, je ne m'accorde pas avec certaines de ses prémisses sur les aptitudes : elles ne sont peut-être pas identiques pour tous, mais je parlerais de diversité, et encore, je me défie des implications de ce positionnement. Subrepticement, cela revient aussi à avaliser la théorie des dons (naturels) dont je me défie tout à fait. Je préfère penser qu'un enfant est d'abord une construction, bien qu'elle ne se fasse pas de rien : comme Abélard et les plus modérés des Nominalistes (en somme les Conceptualistes), je pense qu'il existe des pré-universaux qui permettent à l'esprit de se construire. Ne me demandez pas ensuite comment exactement la mixture se fait, je n'ai pas assez étudié la question. J'observe que je retrouve des raisonnements voisins chez Mises et Mengler avec leurs stimulis nerveux et leurs catégories logiques pour la praxéologie. Bref, pour faire court, je reconnais une diversité des aptitudes pas une inégalité, et j'ajoute que je ne suis pas convaincu que ces aptitudes soient d'origine naturelle. Pour finir sur ce point, je pense que tout une classe d'âge devrait pouvoir atteindre un bon niveau scientifique, littéraire et plus généralement culturel indépendamment de ses aptitudes ou non. C'est d'abord l'atmosphère ambiante qui déterminera ou non la possibilité d'un tel but, pas la présence d'aptitudes ou non. L'école ne devrait donc pas travailler sur des aptitudes mais sur des formes d'esprit différentes et sur des rythmes différents adaptés aux histoires particulières.

Mais pour revenir à mon premier point, je m'oppose en revanche frontalement à l'un et à l'autre sur la question de l'évaluation. Car QUI évalue, in fine ? Ce que propose Florent, c'est que cela soit le chef d'établissement (Fred aussi) : super ! quelqu'un qui doit sa place, certes à un concours, mais aussi à sa carrière "politique" et à ses contacts au sein de l'administration. Pantouflage garanti. Voilà qui risque de servir les intérêts des cire-pompes et des bien en cours. En outre, toutes ces évaluations ont ceci de stupide qu'elles portent sur un objet dont les effets se mesurent sur une période fort longue. Les élèves qui suivent l'instruction des enseignants en retirent ou non des bénéfices immédiats mais pas seulement : bien plus tard, c'est parce qu'ils ont lu telle chose, parce qu'on leur a dit telle chose ou parce que tel comportemen t les a marqués qu'ils agiront d'une manière ou d'une autre.

J'imagine qu'évaluer les enseignants va se faire à l'aune de toutes les réformes à la c...  que subit l'Éducation Nationale depuis plusieurs décennies désormais. Dans le sens du vent aujourd'hui, à contre-courant demain.

Venons-en aux parents : il va falloir se coller dans la tête que les parents ne sont pas des consommateurs et ne doivent pas le devenir. Toute comparaison avec de la consommation ordinaire de service est donc nulle et non avenue. D'ailleurs, si le MoDem veut retirer l'Éducation du champ marchand, c'est entre autres pour en finir le consumérisme éducatif. Quand le MoDem  définit l'Éducation comme un Bien supérieur, ce que le MoDem voudrait voir appliqué à l'Europe, ce n'est pas pour voir rappliquer par la petite porte des méthodes d'évaluation qui conviennent très bien pour des produits de grande distribution mais pas pour de la connaissance.

Oh, certes,Fred voudrait de la «marge de manoeuvre» pour les chefs d'établissement : la riche idée que voilà ! Voilà qui va lui permettre d'engager ses copains et de virer tout mauvais esprit qui ne se coucherait pas devant d'éventuels diktats. Voyons Fred, le bien du chef d'établissement est-il le même que celui du prof ? ou même de l'élève ? Là encore, la comparaison avec l'entreprise n'est pas adaptée : dans une entreprise, le bien de l'entreprise est profitable à tous. Plus simplement, le chef d'entreprise ne cherche pas à faire carrière, il chercher à développer son entreprise. Rien de tel avec un établissement scolaire où le but principal du chef d'établissement sera au mieux de faire carrière. Et pour cela, il faudra par exemple accueillir avec le sourire les suppressions de postes ou bien les lois d'un jour (lubies de ministres et autres). C'est ainsi que les plus vils ou les plus adroits seront récompensés. Mais certainement pas ceux dont la dynamisme apporter le mieux à son établissement.

J'en finis tout de même avec cette volée de bois vert vis-à-vis de Fred pour lui dire que sa conclusion est la seule chose de son article avec laquelle je sois d'accord. C'est en effet l'éducation de l'enfant qu'il faut placer au centre du système scolaire et non l'enfant lui-même.

J'ajoute que concerant le "marché" des enseignants, en effet il n'est pas uniforme. Il conviendrait, je le pense, d'affecter les fonds attribués à la formation continue (souvent bidon) à des formations de qualité (un partenariat avec le CNAM, par exemple, qui est une véritable référence) afin de permettre aux enseignants de faire un jour autre chose dans leur vie, plutôt que de suivre des modules bidon sur la voix, le cri primal et cetera...