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vendredi, 15 février 2008

Charia et droit des démocraties

L'avantage d'avoir des lecteurs de qualité sur son blog, c'est que l'on peut souvent s'épargner du travail, simplement en reprenant leurs commentaires sous forme de billets. C'est le cas, après Bertrand, de l'excellente réponse de Samir à mon billet "Rififi à Canterbury".

J'avais évoquél'opportunité ou non d'introduire certains aspects du droit islamique dans le droit britannique et plus généraement européen, à la suite de la saillie de l'archevêque de Canterbury, Rowan Williams, sur le sujet. Voilà ce que Samir a répondu à mon billet :

« Je crois que le problème est mal posé. Qu'il y ait dans la charia de bonnes choses, cela ne fait pas l'ombre d'un doute.
Il y a cependant trois points essentiels à tenir présents à l'esprit:

1. Je n'accueille pas la charia en tant que charia, pas plus que le droit canon en tant que tel. Mais j'accueille dans la constitution tout élément valable, indépendamment de sa provenance. Et si j'accueillais quelque chose PARCE QUE cela est une loi religieuse, j'ouvre la porte à beaucoup de dérives.

2. Par ailleurs, exclure CERTAINS points de la charia parce qu'INHUMAINS, comme l'a affirmé l'Archevêque, est très offensant pour qui considère que la charia vient en derniers recours de Dieu lui-même.

3. Introduire deux principes juridiques dans une même communauté nationale conduit à des situations impossibles et injustes. Il suffit de suivre ce qui se passe au plan juridique dans un pays comme la Malaisie pour s’en rendre compte. Nous avons affaire à des décisions juridiques contradictoires et de graves injustices vis-à-vis des personnes, notamment des femmes.

4. Enfin, j’ajouterai un 4° point. Il n’est pas sans intérêt de signaler que nos plus grands juristes musulmans, quand ils ont établi les constitutions des Etats arabo-musulmans dans la première moitié du 20° siècle, ont délibérément écarté la charia comme fondement de la législation et s’en sont inspirés assez modérément. Ils la considéraient comme anachronique sur bien des points. Il est étrange qu’après plus d’un demi-siècle des OCCIDENTAUX (a fortiori des religieux chrétiens) proposent un retour en arrière. Pour nous, Arabes, qui cherchons à nous émanciper et à intégrer les acquis culturels et juridiques de la modernité, la législation britannique et les législations européennes en général sont, à tout prendre et malgré leurs lacunes, plus respectueuses des valeurs humaines que la charia. De grâce, ne nous ramenez pas en arrière … précisément en Occident. »

dimanche, 10 février 2008

Rififi à Canterbury autour de la Charia

Rowan Williams, l'Archevêque de Canterbury n'imaginait pas déchaîner les ppolémiques, le jour où il s'est publiquement interrogé sur l'opportunité d'intégrer certains aspects de la loi islamique de la Charia dans le droit britannique. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela fuse dans tous les sens...

La célébrissime université Al-Azhar l'a publiquement félicité, qualifiant ses propos de réalistes. Notons toutefois que le dit Archevêque avait bien précisé qu'il n'y aurait pas de place pour les châtiments corporels et pour les discriminations envers les femmes dans le droit anglais. 

Pour ma part, j'invite à la circonspection. La notion de "Charia'" en Occident, porte une lourde charge négative parce qu'on la relie souvent aux mains coupées et au voile. Or, la Charia ne se réduit pas à ces recommandations extrêmes. L'idée d'intégrer du droit musulman traditionnel dans du droit national n'est pas forcément idiote. Après tout, c'est ce que nous autres Européens avons longuement fait avec le droit canon, et qu'importent les influences, dès lors qu'elles vont dans le sens de la démocratie ?

Dans ces conditions, je juge que cela vaudrait certainement le coup d'étudier de près ce que contient la Charia et le droit coranique afin de déterminer ce qui est compatible avec notre droit européen. Je suis à peu près convaincu qu'un certain nombre de rapprochements sont possibles, et qu'ils sont possibles sans altération de notre identité.

Donc, ce que j'en dis, c'est que c'est à méditer, et qu'il ne faut pas écarter tout de suite l'idée avec des hurlements horrifiés avant d'y avoir réfléchi.