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jeudi, 24 janvier 2008

Abou Dhabi, un autre point de vue

Philippe Herriau, un lecteur de mon blog, a répondu de manière circonstanciée et complète à mon billet "l'ânerie d'Abou Dhabi".

J'ai trouvé ses arguments intéressants, même si, in fine, c'est l'avenir et les actions de la France dans le Golfe qui dira lequel de nous deux avait raison. Avec son accord, je publie donc ici de larges extraits de son argumentation :

Je ne crois pas que l'ouverture de cette base soit un "changement très grave de doctrine" pour ce qui concerne les relations de la France avec les Emirats et, plus particulièrement, Abou Dhabi.
En effet, le positionnement de cet Emirat, tout comme celui du Qatar, à toujours été de rechercher des partenaires hors des puissances anglosaxones ; anglaises et nord américaines plus précisemment. Signifiant, par là, le souhait d'avoir un positionnement différent de celui de la grande puissance arabe de la péninsule, l'Arabie Saoudite. La France, aux yeux de ces Etats, par ailleurs géographiquement petits, fait partie intégrante de cette stratégie.
Ces Emirats ont ou ont eu des différents frontaliers d'importance variable avec les saoudiens et les iraniens. Pour autant, aucune guerre n'en a résulter car ils ont toujours privilégié une approche onusienne ou bilatérale pacifique.
La marine française est présente depuis bien longtemps dans cette partie du monde et y joue le rôle classique de surveillance-protection des voies maritimes internationales. Dans ce cadre et à des époques révolues où la zone était très clairement plus explosive (guerre Iran/Irak), les forces armées française n'ont pas eu à commettre d'actes de guerre.
Enfin, la base en question sera dans le port d'Abou Dhabi et donc pas, directement, sur les rives du détroit d'Ormuz qui se trouve à une centaines de 100 milles plus à l'est.


La France pourrait construire des centrales solaires sur son territoire, elle est prafaitement libre de le faire, mais on roule, toujours majoritairement et pour quelques temps encore, avec du pétrole ; idem pour la plupart des plastiques. Durant cette transition et si c'en est une, il faut bien garantir la sécurité des voies d'approvisionnement.

Par ailleurs dans le domaine énergétique, quand je vois le projet de "ville verte" promu par Abou Dhabi, je me dis qu'il vaut mieux rester proche de ce genre de pays qui ne manque pas de surprendre (et d'avoir les moyens d'aller très loin en matière d'énergie diversifiée), tout en nous achetant, par ailleurs, du nucléaire civil.

Je me déclare incompétent sur l'état de nos troupes, mais me souviens des 400 chars Leclerc vendus Abou Dhabi qui ont certainement permis à la France d'être à la pointe, quoiqu'avec du matériel certainement stratégiquement obsolète une fois la guerre froide finie, de ce qui était imaginable en matière de char à l'époque.

Tout ce qui se passe dans le Golfe est objet d'échange, il ne faut pas croire que l'on peut leur vendre du Louvre ou des Airbus sans qu'ils ne tentent d'avoir des contre parties les intéressant et, s'ils veulent une base pour la France et pour eux, il faut trouver une solution. Ils achètent de la sécurité non américaine pour ne pas trop impressioner négativement les Iraniens. Ce qui n'empêche pas la France ou d'autres pays de jouer du soft power également. Il y a pléthore de pays sans hard qui font un travail remarquable et, parfois, bien plus efficace que celui des puissances militaires. Je suis bien d'accord avec vous. Mais, là encore, la France est dans la continuité de ses approches : du soft et du hard. Si elle ne faisait plus que du soft, et après tout pourquoi pas, ce serait une véritable rupture.

En conclusion, je n'analyse pas cet accord comme un acte d'alignement sur la politique des nords américains, mais plutôt comme une continuité de la politique française dans cette partie du monde.

Voilà, je trouve que cela mérite d'être publié, car c'est un point de vue qui se défend.