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  • Intervenir en Syrie ? Et après ?

    Je suis abasourdi par les déclarations tonitruantes tant du chef de l'État que de l'opposition de droite. C'est à qui rivalise d'accents guerriers pour inviter la France à entrer en guerre en Syrie. Un débat parlementaire a toutefois eu lieu et j'ai pu en consulter le compte-rendu. Seul François de Rugy me paraît avoir soulevé des questions de fond en interrogeant la stratégie politique de la France en Syrie. Toutefois, il ne suffit pas de donner des garanties aux minorités et d'associer toutes les parties à la négociation. Il faut donner des garanties à toutes les forces en présence. On peut intervenir et laminer Daech, mais on ne parviendra à rien de durable si on ne propose pas de solution de rechange aux Sunnites. Le problème est d'ailleurs le même en Irak.

    Les Européens s'imaginent tout le temps que leur modèle, celui d'une union après des guerres meurtrières, est transposable au monde entier. En France comme dans le reste de l'Europe il n'y a aucune pensée réaliste sur les phénomènes ethniques. Le goût pour le multiculturalisme, le vivre-ensemble remplacent la réflexion stratégique.

    Il viendra un jour peut-être où Sunnites et Chiites parviendront à vivre ensemble sans se massacrer, mais il faudra qu'ils l'aient choisi.

    A l'heure actuelle, les Alaouites, les Chrétiens, les Kurdes, les Yézidis et quelques autres minorités doivent probablement pouvoir s'accorder ensemble, mais pas avec les Sunnites. Il y a trop de sang versé et de crimes atroces commis entre Chiites/Alaouites et Sunnites.

    Il n'y a donc pas d'autre option qu'une partition raisonnée du pays sauf à parvenir à convaincre une majorité de Sunnites de participer à une grande coalition (je n'y crois absolument pas).

    S'il existe d'autres issues, je n'ai vu personne* les esquisser dans la classe politique française, partagée entre béni-oui-oui, va-t-en-guerre et cinquième colonne de Moscou et/ou du tiers-mondisme (ou du moins de son avatar moderne).

    *Je recommande en revanche l'excellent décryptage d'Atlantico sur le sujet.

  • Budget participatif : je me méfie de la Mairie de Paris, même quand elle fait des dons.

    Les amateurs de mythologie et de littérature ont de bonnes chances de connaître l'histoire fameuse du Cheval de Troie. C'est par le biais de cette immense statue sur roulette que les Grecs, cachés dans le vendre de la bête, purent entrer dans Troie à l'insu de ses défenseurs.

    Énée, le héros de l'Énéïde rapporte toutefois les paroles d'un prêtre d'Apollon qui se serait opposé à l'introduction du piège dans la cité, elles sont rentrées dans la légende : Timeo Danaos et dona ferentes (je crains les Grecs, même quand ils font des dons).

    J'invite donc les Parisiens à la plus grande prudence quand ils vont voter les propositions du fameux budget participatif d'Anne Hidalgo. L'opération peut se dérouler aussi bien sur internet qu'en mairie d'arrondissement. Contrairement à Sophie Coignard, je ne considère pas l'innovation de la maire de Paris comme le degré zéro de la politique. En revanche, il faut considérer le nombre de votants après coup pour pouvoir assurer que les Parisiens se sont exprimés. 

     Mais surtout, au moment de voter, il faut considérer avec attention les implications du projet. Je prends quelques exemples.

    Un projet propose de rendre les Champs-Élysées végétalisé et praticable pour les piétons et les cyclistes. Cette avenue est déjà très large : que faut-il entendre alors ? Ne serait-ce pas l'air de rien une réduction des voies de circulation avec des travaux cauchemardesques pendant plusieurs années ?

    Je vois qu'il est question de "réaménager la place Victor Hugo" : Horresco referens ! L'avenue du même nom qui y mène est constamment encombrée. C'est un cauchemar d'y circuler. Ajoutez-y un chantier et cela va être l'Enfer. Et pour longtemps ! 

    Donner plus de place aux piétons place Vendôme ? Tout d'abord, il y en a déjà beaucoup, difficile de faire mieux sauf à y interdire toute circulation, mais surtout, il suffirait d'en dégager une bonne fois pour toutes les cabines de chantier qui en occupent régulièrement l'espace ! 

    Paris est un chantier incessant et ce caractère-là ajoute à la fatigue et à l'essoufflement que la ville génère. Ce sont sans cesse des obstacles et des contraintes de toutes sortes sur les voies de circulation et sur les trottoirs. 

    Passez-moi l'expression mais ce que je vois poindre dans beaucoup de ces projets, c'est surtout beaucoup d'emmerdements (il y en a, évidemment et heureusement, quelques uns qui sont pertinents).