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mardi, 18 mars 2014

Les contradictions européennes éclatent avec la Crimée

Depuis le début de la crise de Crimée, l'Europe joue décidément très mal sa partition.

Soyons un peu cohérents : nous Européens, avons accepté le démembrement intégral de la Yougoslavie et même d'une petite partie de la Serbie au nom du droit des peuples à se déterminer eux-mêmes.

En Crimée, la population russophone et russophile domine de longue date. La Crimée a été historiquement et depuis longtemps rattachée à la Russie. Lors de l'indépendance de l'Ukraine, au début des années 90, elle a accepté de lui demeurer associée, mais comme République autonome, rappelons-le. 

A l'heure actuelle, le vrai problème n'est pas que la Crimée choisisse le rattachement à la Russie. Le vrai problème est que cela se fasse alors que des troupes russes sont présentes en Crimée et qu'il n'y a pas d'observateurs internationaux.

Je pense qu'il était difficile de maintenir la Crimée en Ukraine. Mais si l'Europe voulait y parvenir, il fallait tout de suite suggérer très fort et fermement aux Ukrainiens de réaffirmer les droits imprescriptibles des russophones au sein de leur pays, et notamment celui de parler leur langue.

C'est tout l'inverse qui s'est produit et depuis le début, l'Europe a joué les boute-feu en compagnie de l'Amérique.

Nous ne pouvons plus rien faire en Crimée. C'est cuit. Mieux vaut essayer de faire en sorte que la séparation se passe le moins mal possible et oeuvrer à tout prix à éviter un début d'affrontement armé entre Russes et Ukrainiens.

Je crois que les Ukrainiens ne pleureront pas très longtemps sur la Crimée, une région qui n'est pas historiquement ukrainienne. La Crimée était un gros boulet économique pour eux. En revanche, ils se sentiront humiliés par les conditions dans lesquelles elle s'est séparée d'eux, ce que je peux comprendre.

Nous, Européens, ne pouvons faire guère plus que d'avaliser cette séparation. Nous ferions mieux, désormais, de consacrer notre énergie à aider l'Ukraine à régler ses difficultés économiques, à redresser ses finances, à lui prêter de l'argent, et à lui ouvrir certains de nos marchés.

Nous avons intérêt à également bien fixer la ligne de démarcation avec les Russes, quitte à former et équiper l'armée ukrainienne pour le futur.

Contrairement à ce que clame toute la presse, Poutine n'est pas trop gourmand, dans cette histoire, compte-tenu des intérêts stratégiques russes en Mer Noire ; on peut même dire qu'il se contente d'assez peu. On lit vraiment des énormités dans la presse : le moteur de Poutine serait idéologique et pas pragmatique, selon Marie Jégo, correspondante du journal Le Monde à Moscou. Je pense tout l'inverse. Il est très gagne-petit sur ce coup-là.

Nous devrions en profiter puisque le moment est propice.

Je ne suis pas un adepte de la real-politik mais en Europe, au moins officiellement, on fait dans la diplomatie dégoulinante de bonne conscience. Et bien sûr, totalement inefficace.

En fait, ni l'Europe ni les USA ne crient vraiment trop fort, car, sur le fond, l'une et l'autre se contentent d'une situation assez arrangeante au final, et les stratèges, pas les experts de pacotille qui s'expriment dans la presse et les médias, se frottent les mains, eux.

Je ne me suis pas vraiment retrouvé dans la ligne de Marielle (de Sarnez) depuis le début de la crise en Ukraine (c'est assez rare qu'on ne soit pas d'accord) mais en revanche, j'agrée tout à fait ses conclusions :

«l'urgence c'est de relever l'économie du pays. L'urgence c'est de moderniser l'économie, de moderniser l'agriculture. L'urgence c'est d'en finir avec la corruption. Alors il faut que nous soyons à leurs côtés, que nous organisions une conférence des donateurs. Il faut une aide d'urgence et il faut que nous les aidions à lutter contre la corruption qui a gangréné la classe politique ukrainienne.

Sur la Russie, oui il faut parler avec Poutine mais Poutine doit comprendre que l'avenir de l'Ukraine doit s'écrire par les Ukrainiens et en Ukraine. Nous pouvons parler avec lui en particulier pour que le prix du gaz ne soit plus un prix politique qui vole au gré des temps et un prix dû au chantage politique

Oui, en effet, c'est ce qu'il faut faire, maintenant.

 

22:53 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : ukraine, crimée | |  Facebook | | | |

Commentaires

Une conférence de donateurs, ok, très bonne idée, mais ça doit s'arrêter là, ça doit rester uniquement volontaire.

Écrit par : FLY | mardi, 18 mars 2014

L'urgence, c'est d'abord des élections libres en Ukraine et un gouvernement et une présidence légitime et non pas issu d'un coup d'Etat !

Écrit par : Madher | mardi, 18 mars 2014

Nos "dirigeants" n'auraient pas du laisser la Crimée voter seule. Ils auraient du faire voter l'Ukraine aussi, dans le cadre du pays entier, et le résultat aurait été différent.Poutine aurait rencontrer plus de difficultés à annexer la Crimée.

Écrit par : daubas | mercredi, 19 mars 2014

Assez d'accord avec l'hérétique, les occidentaux merdent sur ce coup la.....

Poutine n'a jamais digéré ce qui c'est passé au Kossovo...les principaux Occidentaux ont pris position contre la RUSSIE, l'indépendance a tout prix d'un peuple soi-disant maltraité...mais tous les occidentaux n'étaient pas d'accord en particulier les Espagnols car ces derniers voyaient d'un mauvais oeil qu'une région puisse se déclarer indépendante de façon unilatérale...et que cela pouvait avoir des conséquence dans le futur....

Le problème des principaux occidentaux est le développement de la communauté économique eurasienne qui se développerait de concert avec les BRICS afin de créer un nouvel ordre mondial...et oui l'occident va mal et les autres veulent en profiter...

un autre point : tous les experts occidentaux résonnent avec le même prisme, Poutine est forcément coupable donc on a raison.Mais de l'autre coté c'est la même chose, les occidentaux qui ont une approche différente sont des enfoirés.....qui est capable de trancher?

Écrit par : Europium | mercredi, 19 mars 2014

@Europium
Tout à fait. Et ce prisme empêche d'adopter des positions mûries et réfléchies.
Nos pays sont trop habitués à l'agit-prop médiatique permanent et tendent (du moins, du côté des dirigeants, pas des diplomates, je le suppose) à penser qu'il en va de même avec les relations internationales.
Avec un point de vue bien plus pondéré nous aurions peut-être pu obtenir plus que ce que nous avons. Mais pour le reste, Marielle de Sarnez voit tout à fait juste dans les urgences qu'elle énonce.
Je n'ai pas cité tout ce qu'elle écrit, mais elle a évoqué le principe de cerces d'intégration pour l'Europe, vue à laquelle j'adhère tout à fait. L'Ukraine ne peut faire partie du premier cercle, pour l'instant, mais elle pourrait intégrer un deuxième cercle.
Que l'Ukraine entre dans la sphère d'influence européenne est par ailleurs historique : personne n'a l'air de s'en rendre compte...

Écrit par : l'hérétique | mercredi, 19 mars 2014

le problème du deuxième cercle c'est que la Russie veut que l'Ukraine( son ancien grenier a blé) intègre la communauté économique eurasienne, pour l'instant elle n'est qu'observatrice.....

d'ou la aussi il y aurait des tensions car personne ne sait définir ce que serait un deuxième cercle......Surtout pas d'intégration à l'OTAN car les RUSSES Verraient rouge or les pays susceptibles d'intégrer un deuxième cercle, au contraire souhaitent a tout prix intégrer l'OTAN....

Mais bon Poutine est en position de force car lui serait près a ce qu'il y ait de la casse, ce que ne veulent les occidentaux..en plus il est sur son terrain..

Écrit par : Europium | mercredi, 19 mars 2014

Cette affaire qui est grave montre qu'il faudrait passer de la théorie aux actes....

Dans les deux derniers traités de l'UE il a été acté que l'UE se dotait d'un ministre des affaires étrangères et d'un président de lUE....plutôt que de nommer des personnalités qui prendrait ces charges a bras le corps le conseil européen a préféré nommer deux Mickey qui ne servent a rien....

Si l'UE avait une vraie politique étrangère commune, ça serait beaucoup plus simple et elle pèserait plus.....la c'est la cacophonie car chaque pays privilégie une diplomatie en fonction de ses intérêts économiques...d'ou poutine fait ce qu'il veut...

Écrit par : Europium | jeudi, 20 mars 2014

@Europium
L'Europe est bien trop peu intégrée pour que cela soit le cas.
Au fond, l'Union, c'est surtout un groupement d'intérêts économiques, parfois divergents de surcroît...

Écrit par : l'hérétique | jeudi, 20 mars 2014

Allons l'héré, j'imagine qu'il ne vous a pas été trop compliqué de vous mettre dans ma "peau"...
J'ai d'autres soucis que d'aider les candidats aux européennes actuellement...
Après si MDS veut calquer son propos sur le blablabla d'AJ, mais grand bien lui fasse! et pas le mien surtout! Elle m'a trop dégoutée à jouer les BHL.

Écrit par : Martine | jeudi, 20 mars 2014

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