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lundi, 05 novembre 2007

Montesquieu, la politique et l'histoire : une révolution dans la méthode

Je viens de lire au cours du week-end dernier, Montesquieu, la politique et l'histoire de Louis Althusser. Le premier chapitre, "une révolution dans la méthode", est très intéressant, et m'a permis de mieux comprendre ce que j'aime chez Montesquieu, et qui ce qui me met mal à l'aise chez d'autres philosophes politiques (comme Spinoza, par exemple, dont je lis actuellement le Traité politique).

En fait, toute la force du travail de Montesquieu, c'est de ne jamais établir a priori une théorie, puis de chercher dans les faits des éléments pour étayer la théorie, quitte à les plaquer, mais, tout au contraire, à essayer de tirer des faits eux-mêmes des lois. 

Althusser  observe ainsi cette réponse de Montesquieu dans la 2ème partie de la Défense de l'Esprit des lois, Idée générale :

cet ouvrage a pour objet les lois, les coutumes et les divers usages de tous les peuples de la terre. On peut dire que le sujet en est immense, puisqu'il embrasse toutes les institutions qui sont reçues parmi les hommes 

Or, remarque-t-il, c'est bien là toute la différence avec des théoriciens comme Hobbes ou Spinoza, qui proposent plutôt une idée de la science qu'ils ne la font. Ce n'est pas sur des faits concrets qu'ils réfléchissent, mais sur la société en général et théorisent, finalement, non l'histoire réelle, mais l'essence de la société.

Si Montesquieu a en commun avec ces philosophes de vouloir établir une science politique, il n'a en revanche ni le même objet et corollairement ni la même méthode. Ce ne sont pas les essences qu'il cherche à découvrir, mais les lois. 

Dans la logique de sa méthode, Montesquieu range religion et morale dans les faits de l'histoire et les soumet donc à sa recherche de lois. C'est bien en ce sens qu'il a été accusé par les théologiens (pas si bêtas qu'ils en avaient l'air, car ils avaient bien compris l'enjeu) d'athéisme. Mais sur ce point, il ne diffère pas d'un Hobbes ou d'un Spinoza.

Sur le droit naturel, il ne marche pas dans les pas des théoriciens du droit naturel : en effet, quelles que soient les hypothèses de départ de ces derniers, leurs théories aboutissent toutes à nier l'existence d'une société naturelle, or, c'est précisément ce sur quoi repose la féodalité, notamment avec ses "inégalités" naturelles.

Pour Montesquieu, dès lors qu'un père se trouve avec son fils, il y a naturellement société, et s'il fallait se poser une question, c'est s'il s'était trouvé que les hommes ne vécussent pas en un endroit en société. Mais comme c'est partout le cas, la question ne se pose pas. Pour Montesquieu, il existe un instinct de sociabilité dans l'espèce humaine. Exit donc, toute forme de contrat social, puisqu'ainsi, il n'a plus d'objet.

Tout autant que la morale et la religion, Montesquieu rejette l'idée qu'un idéal politique puisse tenir lieu d'histoire. 

Après deux ou trois chapitres, j'aurais l'occasion d'en parler sur le blog, il faut hélas déchanter, mais, pour les premiers chapitres de son ouvrage critique, il faut reconnaître qu'Althusser est tout à fait lumineux. 

J'escompte dans les prochains jours publier la suite de mon compte-rendu de lecture. En tout cas, puisque l'on parle de charte éthique actuellement au MoDem, j'espère que l'on s'y rappellera que ce n'est pas l'idéal qui doit façonner la réalité, mais qu'au contraire, il doit s'adapter au réel, non compris dans l'instant, mais compris comme la somme des faits passés et présents. 

 

Commentaires

Ne peut-on pas aussi envisager un aller-retour, une synthèse des deux ? Pourquoi arbitrer ?

Écrit par : florent | mardi, 06 novembre 2007

Autant il me parait indispensable de faire des allers ete retours entre théories et pratiques, qutant la question de savoir par ou commencer ne me parait pas fondamental, surtout si, comme je le pense nécessaire, il y a plusieurs allers et retours et non pas un seul.

Ceci dt, de la part d'Althusser, valoriser la méthode consistant à partir du réel me parait être du plus grand comique. N'oublions pas qu'il s'agit d'un philosophe stalinien pur jus, dont la capacité à refuser de voir les faits qui ne cadraient pas à sa thèorie était particulièrement remarquable

Pour finir sur la charte d'éthique; on a là un bel objet conçu pour surtout ne pas parler du réel, des sujets qui fachent.
Les militants du Modem sont aujourd'hui confrontés à des questions qui ne sont pas simples, comme la méthode de choix des candidats aux municipales.
Plutôt que de réfléchir à des régles statutaires qui refléteront la prise en compte du réel et l'équilibre à trouver entre efficacité et principes, entre court et long terme, il est tellement plus malin d'amuser les militants avec de belles réflexions sur une charte d'éthique, sur les valeurs que l'on pourra fouler au pied si cela nous arrange, ou au contraire invoquer dans de beaux procès, staliniens justement, s'il le faut ppur garder le pouvoir

Tirer les leçons de Montesquieu, c'est peut être penser charte éthique et statuts(ou réglement intérieur) en même temps, en interaction

Écrit par : gerard | mardi, 06 novembre 2007

Bonjour Gérard,


En effet, Althusser est un authentique stalinien, et la suite va le prouver, mais je n'y suis pas encore.
Le début est toutefois intéressant.

Écrit par : L'Hérétique | mardi, 06 novembre 2007

Je vous ai ajouté à ma liste des centristes égarés, au fait, cher Gérard :-)

Écrit par : L'Hérétique | mardi, 06 novembre 2007

Les commentaires sont fermés.