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dimanche, 13 juin 2010

Gaffe à Aristophane

Sortie à la Comédie française, hier soir : je m'étais juré d'aller voir les Oiseaux d'Aristophane depuis un bon moment. Et...déception... Alfredo Arias a voulu ancrer dans la réalité immédiate ses Oiseaux. Le problème, c'est qu'on peut adapter Aristophane, mais que s'en inspirer, c'est autre chose. Aristophane, c'est avant tout de la bonne blague bien grasse et tonitruante. Du rire aux larmes avec des jeux de mots, des blagues salaces dites avec naturel et naïveté et de l'ironie mordante. Aristophane n'a pas son pareil pour tourner ses adversaires en ridicule, parfois à l'aide d'observations de bon gros sens, mais qui font mouche.

Mais voilà, Arias a voulu faire dans la sophistiqué. Il a voulu faire de la politique, de la morale dans le théâtre. Il a voulu que les dieux soient les puissants et les Oiseaux le peuple lésé. Et il a complètement foiré. On ne rit pas devant une pièce bien mise en scène, sauvée par quelques acteurs dotés d'une veine comique certaine, mais prétentieuse et froide. L'insistance lourde sur la traque des étrangers finit par lasser quelque peu. Quand Aristophane a écrit sa pièce, il a laissé transparaître sa lassitude devant l'atmosphère de guerre civile permanente qui secouait Athènes. Chez Arias, cela devient une sorte de lutte des classes entre la classe politique et le reste de l'humanité. Enfin...la classe politique...disons une partie de l'échiquier politique...On aura compris laquelle par le choix des allusions...

Par ailleurs, c'est je crois, hélas, aussi un trait de la troupe de la Comédie Française : elle excelle dans le tragique, le dramatique, l'ironique, mais elle ne sait pas rire. Cela m'avait frappé lors des représentations précédentes auxquelles je m'étais rendu. Fasciné par le jeu impressionnant des acteurs pour les Bacchantes, par exemple, j'ai baillé aux répliques convenues et sans âme des mêmes hier soir.

Mon fiston (l'aîné) m'avait en la circonstance accompagné. Lui qui a le rire facile au théâtre, en est ressorti passablement déçu. Il faut dire qu'il avait été amené au théâtre à bonne école, et même exigeante : nous avions eu le privilège, il y a trois ans, d'assister à la représentation du Songe d'une nuit d'été par l'excellentissime troupe du Sudden Théâtre. Bon. Il y a beaucoup de théâtres à Paris, on se rattrapera ailleurs...