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dimanche, 05 février 2012

Les nounous

Je viens de lire le dernier Marianne (n°772 du 04 au 10 février), alléché par deux titres mis en avant : tout d'abord, un long entretien avec Bayrou, mais aussi une enquête sur les nounous. C'est un sujet suffisamment rarement traité pour valoir largement le détour.

J'avoue avoir été très agacé par le ton de l'enquête, entièrement à charge contre les employeurs. Je sais que Marianne n'aime guère les bobos. Moi aussi ils m'agacent. Mais à l'occasion, le discours frise le pamphlet anti-bourgeois, cible expiatoire bon teint qu'il est convenu aujourd'hui d'attaquer dans la presse qui se veut à l'avant-garde du peuple. 

Je résume : d'un côté il y a des méchants bwanas qui emploient des gentilles ivoiriennes. Les méchants bwanas font semblant d'être polis avec leurs employés en les vouvoyant, et tout ce petit monde s'appelle sympathiquement par son prénom. Le vouvoiement est sans doute une bonne modalité pour conserver une distance, et, s'appeler chacun par son prénom, c'est censé mettre à l'aise. De l'autre côté, il y a des très gentils sauvages qui eux ont des vrais valeurs et vivent dans de grandes difficultés que les méchants bwanas semblent totalement ignorer. Suggestion : sans doute que les méchants bwanas s'en tapent complètement des difficultés des bons sauvages.

Le méchant bwana éduque mal sa progéniture, puisqu'il le sort du coin après une minute de punition quand le bon sauvage, lui, collerait une râclée au morveux.

Les gentils bwanas n'hésitent pas à virer les bons sauvages du jour au lendemain, même quand ils ont élaboré une théorie sur les bons rapports entre bons sauvages et méchants bwanas. Par exemple, quand quelqu'un se barre du jour au lendemain pour "raisons familiales" sans autre précision et donc, la méchante bwana qui théorisait est une grosse poufiasse de la virer sur le champ. Perso, j'ai été mis au moins quatre fois devant le fait accompli de congés pris d'une semaine sur l'autre alors même qu'ils avaient été établis à l'ouverture du contrat. Je n'ai pas "viré" l'auxiliaire en question, je me suis débrouillé, mais je ne vous raconte pas les emmerdements quand vous devez trouver in extremis une solution, ni, généralement, les coûts additionnels.

Mais bon, dans le récit des journalistes de Marianne, il était bien sûr légitime que le bon sauvage  aille vaquer à ses affaires et que la méchante bwana se démerde. Le solde pour tout compte était bien sûr légitime, de même que tout le reste, mais pas trop la peine de chercher à nous faire pleurer sur quelqu'un qui ne respecte pas un contrat dûment tamponné.

Le plus drôle, ce sont les déclarations de la sociologue Caroline Ibos, expliquant doctement  que les nounous en question ont pu être institutrices, comptables, infirmières et cetera...J'ai fait passer des dizaines d'entretiens quand je recherchais une auxiliaire parentale (terme que je préfère largement à nounou) et je peux vous garantir que jamais je n'ai rencontré l'un de ces profils parmi les candidates issues de l'immigration. Et je n'ai jamais rien entendu de tel. Il faut sortir de son petit cocon abondamment bourdieuïsé.

Perrine Cherchève et Marie Huet ne vont pas aimer ce que j'ai à leur dire : je trouve particulièrement gonflé et minable de sous-entendre que le vilain bwana emploie une auxiliaire parentale parce qu'il ne sait pas s'occuper de son enfant tout seul.

Concernant l'effet des râclées que l'on colle "au village" aux enfants désobéissants, je pourrai sortir l'arme lourde du réac forcément facho et raciste en allant étudier de près les chiffres de la délinquance et notamment, en examinant la proportion d'individus issus de l'Afrique sub-saharienne dedans et, corollairement, celle de bobos parisiens. Moi aussi, hein, je peux faire mon méchant bwana colonialiste.

La seule chose que je concède à l'enquête, c'est qu'il y a en effet des abus. Des gens qui font pression à la hausse sur les horaires. C'est pour cela que la loi doit encadrer strictement cette profession. Mais pour l'expérience que j'en ai, et les échos assez nombreux que j'en ai eu, les premiers à frauder et à abuser tapaient dans la catégorie "avocat", immédiatement suivis par le show-bizz et les journalistes...

Je ne vais quand même pas finir fâché avec l'un de mes magazines favoris (aux côtés de Colonialiste Hebdo, Le temps des colonies, Bwana et bons sauvages, mes autres lectures). Il y a en revanche, outre l'entretien avec Bayrou, dans ce numéro, un excellent article sur la pseudo-démocratisation de la culture. Très bien, Anna Topaloff. Cela dit, un jour, il faudra bien se pencher sur le changement de paradigme qui caractérise notre temps : nous vivons dans une société de loisirs (ils sont surabondants) et tout se mesure à cette aune nouvelle...