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mercredi, 23 novembre 2016

Cher Alain Juppé, je regrette de ne pas vous avoir plus soutenu.

Si j'avais pu deviner un instant la tournure qu'a pris la primaire de la droite, je n'aurais pas fait la fine bouche. Pour moi, je songeais que Sarkozy serait battu sans trop de difficultés mais je n'avais pas vu venir François Fillon. Ce n'est pas l'individu qui me dérange, comme François Bayrou, je juge l'homme droit, mais son programme me hérisse et je sais aussi qu'il est très conservateur.

Je suis bien content que François Bayrou ait en tête un projet alternatif. A moins que François Fillon ne fasse un très grand pas, je ne vois pas comment on peut construire un projet commun avec lui à l'heure actuelle, bien que sur quelques points, il existe tout de même une base de convergences (la dette, les déficits, la fiscalité excessive, la lourdeur juridique).

De ses 15 mesures, il n'y en a qu'une seule à laquelle j'adhère à 100% c'est celle qui touche la famille (allocations familiales et quotient familial). Mais c'est bien la seule et, de toutes façons, Juppé en propose autant.

On a avec Alain Juppé un projet qui s'est bonifié avec les mois et les ajustements, à la façon d'un bon vin qui gagne en saveur et en finesse avec le temps. Tout n'était pas parfait, bien sûr, mais les principaux fondamentaux étaient là, et puis on savait que Juppé ne serait pas brutal. Fillon ne parle que d'électro-choc, lui.

Juppé a une vision équilibrée de la transition entre l'ancienne et la nouvelle économie. On le voit dans sa vision de l'entreprise où il comprend qu'il y aurait une malhonnêteté à faciliter des nouveaux entrants dans un secteur sans offrir une contrepartie aux acteurs établis qui ont dû supporter charges, impôts surnuméraires, achats de licences et de fonds de commerce et contraintes administratives de toutes sortes.

Je ne crois pas que Fillon ait ce souci d'équité et je pense que les indépendants actuels et leurs centrales vont souffrir avec lui, tout comme avec Macron, au demeurant, auquel je fais exactement le même reproche.

Au début, j'étais contrarié par les projets d'Alain Juppé sur l'école car je trouvais qu'il ne se positionnait pas assez en rupture avec les Socialistes. Mea culpa. Je l'ai relu, et en fait, son projet a beaucoup de qualités, entre autres d'offrir la liberté à ceux qui veulent s'en saisir.

C'est au fond ce que j'aime bien chez cet homme, outre sa droiture et son éthique, c'est qu'il n'impose pas (enfin, n'exagérons quand même pas), il propose. On le perçoit dans un grand nombre de ses propositions. 

Je mets en garde la droite : si vous ne mettez pas d'eau dans votre vin, nous centristes de droite et de gauche, nous ne nous allierons pas avec vous et nous présenterons notre propre candidat. Par les temps qui courent, gens de droite, je vous conseille de rassembler. N'imaginez pas votre actuel candidat fétiche élu sans coup férir sous prétexte qu'il aurait en face de lui nécessairement Marine Le pen. Pour cela, il faudra passer le premier tour.

Si Macron se présente, bien que pour le compte, je n'aime pas sa manière d'agir, je serai pragmatique et pourrais voter pour lui (dans l'hypothèse où Baurou ne serait pas candidat, évidemment) contre Fillon s'il devenait le candidat de la droite, d'autant que j'ai écouté ses premières propositions et qu'elles ne sont pas toutes à jeter, loin de là.

Allez, Alain Juppé, les modérés vous soutiendront jusqu'à la dernière minute. A Dieu vat, comme disait le capitaine du navire au milieu de la tempête autrefois.

18:49 Publié dans Economie, Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : juppé, fillon, bayrou, macron |  Facebook | | |

lundi, 21 novembre 2016

Sécurité, autorité de l'État, l'imposture de Fillon

Je ne vais pas disserter longtemps : Fillon joue la carte du rétablissement de l'ordre mais je rappelle qu'il a l'intention de ne pas augmenter les effectifs des forces de l'ordre, pas plus que ceux des prisons et pas davantage ceux de la justice. En revanche, il a été le premier ministre d'un gouvernement qui leur a rogné les ailes. Bravo pour ses riches idées en temps de terrorisme...

On croit Juppé mou, mais sur tous ces points, il a un projet de rétablissement de l'autorité de l'État qui tient la route, contrairement à Fillon. 

De toutes façons, Fillon peut bien dire ce qu'il veut, avec 500 000 suppressions de fonctionnaires, il va créer mécaniquement du chômage et mettre en panne plusieurs services de l'État.

Quant à augmenter le temps de travail des fonctionnaires avec le même salaire, c'est à peu près aussi infect et minable que la baisse de rémunération des heures supplémentaires de Macron dans la loi-travail.

Le programme de Fillon n'est pas crédible. Je suis un électeur de centre-droit, je ne suis pas un électeur de gauche. Tous mes derniers votes sont à droite ou au centre. Je crois quand même être crédible quand je dis à mes lecteurs que Fillon vous enfume avec son programme préparé depuis trois ans mais toujours pas viable.

22:06 Publié dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : fillon, juppé |  Facebook | | |

dimanche, 20 novembre 2016

François Bayrou, vite, vite, une mise à jour de votre programme économique !

Cher François,

Vous êtes passé sur mon blog récemment et je vous en remercie. J'aimerais croire qu'Alain Juppé a encore une chance, mais quand vous considérez l'avance de François Fillon, les ralliements de Sarkozy et Bruno Lemaire, c'est franchement mal barré. Il paraît que 15% des électeurs étaient de gauche. Je ne pense pas qu'ils ont voté pour Fillon, et, maintenant que Sarkozy est éliminé, ils ne se déplaceront probablement pas au second tour.

Bref, Alain Juppé est dans une sale situation. Nous autres, centristes, on va évidemment voter pour lui, mais je crains vraiment que cela ne soit pas suffisant. Je connais le programme de François Fillon dans la plupart des domaines. Il est vraiment éloigné de nos idées, même si, évidemment, en théorie, sur certains points, on pourrait s'entendre.

Bref, François, vous allez avoir du boulot, parce qu'il va falloir travailler sur un programme complet un peu en catastrophe. Je ne vois pas une entente de premier tour possible entre François Fillon et vous. 

J'ai toujours dit que votre programme de 2012 avait du bon, mais maintenant, il faut le mettre à jour. Et, dans les taches à accomplir, il faut qu'on démonte l'imposture Macron aussi, tant qu'à faire.

Il y a quand même quelques esprits qui réfléchissent au futur. Parfois, ce sont plutôt des gens de gauche, comme chez Numerama, parfois plutôt gens de droite, comme Hashtable (j'ai beaucoup de divergences avec lui, mais ce qu'il dit sur l'économie est toujours intéressant).

On parle beaucoup d'identité et de sécurité, mais mon intuition me dit qu'il ne faut pas trop se laisser entraîner sur ce terrain là. Quelques propositions fermes et nettes et passons à autre chose. L'autre chose, c'est l'emploi et l'économie.

Et dans ce domaine, vous avez dit déjà pas mal de choses intelligentes. Il y a vos circuits courts et votre Made in France de 2012. Votre constat que les Français ne gagnent pas assez d'argent et que la baisse de leurs revenus n'est pas la bonne variable d'ajustement de la compétitivité des entreprises. Votre insurrection contre les injustices de la loi El-Khomri, riante idée de Macron, contre la baisse de la rémunération des heures supplémentaires.

Votre grande idée, au fond, en 2012, c'était de relocaliser l'emploi. Donner une valeur ajoutée forte aux produits industriels grâce aux services associés et à leur garantie, par exemple.

A mon avis, c'est là-dessus qu'il faut travailler : les emplois impossibles à délocaliser à forte valeur ajoutée. C'est possible dans de très nombreux domaines. Le pouvoir d'achat est une question centrale et au coeur de la misère et du sentiment d'abandon de nombreux Français, précarisés en nombre toujours plus important.

Vous n'aurez pas le temps de travailler sur tous les sujets en si peu de temps. Creusez celui-là à fond : l'économie, l'emploi, le pouvoir d'achat. Sur l'éducation, vous aviez un bon programme, il n'y a rien à changer et ce n'est pas un sujet majeur pour cette élection. L'écologie doit être intégrée à l'économie et à la santé. C'est un sujet dont vous pouvez vous saisir car la sécurité sanitaire inquiète de plus en plus les Français. Raison supplémentaire pour évoquer l'agriculture biologique et la médecine. Bref, vous pouvez faire quelques liens.

Peut-être que dans une semaine, je vous dirais à cette heure-là que je m'étais fait du mauvais sang pour rien, mais franchement, je crains bien être prophète à peu de frais cette fois-ci.

Proposons ensemble, proposez un programme économique en béton armé aux Français. Voyez les chefs d'entreprise, les comités de salariés et discutez avec ceux qui ont des idées nouvelles. 

La droite actuelle a une grosse faiblesse : elle ne propose que des recettes éculées. La gauche ment et n'a pas d'idées, et de tous ses avatars, Macron et sa bonne conscience de DRH prêt à socialement licencier les pauvres gens sont les pires.

Engouffrons-nous dans la brèche et essayons de sauver notre pauvre pays et ses habitants de l'abîme vers laquelle nous mène la vague populiste et/ou réactionnaire qui la submerge à l'heure actuelle.

mercredi, 01 juin 2016

Le Modem portera-t-il la révolution économique ?

Il y a une révolution douce qui secoue d'ores et déjà nos modèles économiques, mais qui je le crois, s'amplifiera autant qu'une onde sismique peut annoncer le tremblement de terre : le peer to peer appliqué à de très nombreux services et bientôt à l'industrie.

Il y a d'abord eu l'idée que les individus pouvaient se constituer en réseau pour échanger des connaissances : cela a été la base internet, puis des newsgroups et enfin des premiers wikis. Les réseaux sociaux ont suivi. Nous vivons l'étape suivante qui est celle de l'application de cette idée à l'économie. Airbnb, blablacar, ouicar, guest to guest, sont autant de plate-formes qui permettent aux citoyens d'échanger logements, automobiles, ou encore de se les louer directement sans passer par de gros intermédiaires. On retrouve aussi cette idée dans un site comme lingoo, plate-forme d'échanges et accueil linguistiques entre pays. Les ruches qui essaiment mettent en contact producteurs et consommateurs sans passer par des distributeurs. Votre voisin cuisine pour vous et si vous trouvez le site qui convient, il peut aussi venir effectuer toute une série de menues réparations dans votre maison.

Un pas a été franchi quand les imprimantes 3D sont devenues des biens accessibles au plus grand nombre. Il est devenu possible pour un quidam ordinaire de concevoir et produire sur places des objets industriels, parfois bien plus sophistiqués que ce que permettaient les grosses machines-outil de l'industrie.

Aujourd'hui, il existe des plate-forme de reventes de fichiers 3D pour imprimer chez soi tel ou tel produit et on peut même si on le veut commander des pièces spécifiques, d'autant que les scanner 3D apparaissent à leur tour.

Les grandes sociétés de service réfléchissent de plus en plus à la valeur ajoutée que représente le télé-travail : temps de transport économisé pour le salarié, mais aussi, pour l'entreprise, des locaux et de la place en moins pour disposer et entretenir les outils de travail. D'une certaine manière, on peut même dire que l'entreprise bénéficie à titre gratuit de l'espace immobilier privé du salarié. Une dépense de moins pour elle.

François Bayrou avait eu l'intuition de comprendre que le circuit court était l'avenir économique mais hélas, et je lui ai écrit pour l'inviter à compléter son programme en janvier (en vain) il n'a pas développé son projet au-delà de cette idée.

Il y a pourtant, j'en suis presque sûr, un véritable virage, social et économique qui s'opère. Aucun parti politique ne s'en rend compte, aucune figure politique ne le réalise. C'est là où j'attendrai le MoDem.

L'avenir n'est pas l'État, et je crois que Corine Lepage s'est radicalement trompée dans son Vivre autrement, quand elle envisageait une mutation vers une économie écologique entièrement pilotée par l'État. L'avenir, c'est l'individu, les petits réseaux, le peer to peer.

Bien que l'opinion publique et l'intelligentsia les conchient régulièrement, les libéraux libertariens et autres anacapitalistes prophétisent de longue date cette révolution. Qui lit attentivement Hashtable, aura constaté qu'il a évoqué il y a plus de quatre années déjà certaines de ces évolutions. Je n'entends pas par là que j'approuve le modèle social qu'il promeut ou encore sa vision de l'énergie (par exemple, des mini-centrales nucléaires autonomes pour chaque ensemble urbanisé, ce qui commence à se faire et a l'avantage de réduire considérablement les coûts de transfert et et distribution de l'énergie mais qui laisse à la charge des villes leur achat, leur sécurité et leur entretien avec tout ce que cela comporte comme risques...). En revanche, les libéraux, et Hashtable en particulier, sont très attentifs aux tentatives des individus pour se libérer de la tutelle des États et des gros groupes. C'est une erreur de ne pas les consulter en décrétant que leur idéologie est un gros mot et qu'eux sont le Mal. Leur pensée originale, avec ses qualités et ses défauts, a quelque chose à apporter à plus d'un égard au monde de demain, quand bien même fût-elle truffée d'outrances.

Mon sentiment est que le MoDem a un rôle à jouer, s'il veut bien en prendre le risque, s'il veut accompagner l'Histoire en marche. Bayrou et ses circuits-courts, Marielle de Sarnez et son état facilitateur, Yann Wehrling et ses villes intelligentes ont ouvert une brèche. Il faut s'y engouffrer et la creuser. L'élection de 2017 verra s'affronter des idées classiques, souvent éculées. Ce sera la bataille des conservatismes et des réactions de toute obédience. L'espoir, ce serait une force politique qui proposerait autre chose, qui sortirait des idées préconçues et irait vers les individus sans chercher à les manipuler ni à leur inoculer une idéologie malfaisante et nocive comme le font l'extrême-gauche, l'extrême-droite et les complotistes de toute sorte à l'heure actuelle.

Est-ce que le MoDem saura endosser cette responsabilité historique ?

 

 

dimanche, 01 mai 2016

Les Républicains et l'agriculture : aïe la cata...

J'ai lu avec intérêt le document d'orientation des Républicains sur l'agriculture (lien ici).

Les auteurs du projet annoncent dès l'introduction les axes directeurs de leur réflexion : la France est une puissance exportatrice dans ce domaine et la souveraineté alimentaire est un pilier stratégique de notre économie et notre diplomatie. Les auteurs jugent donc que les mesures qui répondent à ces deux exigences doivent l'emporter sur tous les autres impératifs. Ils récusent en conséquence avec vigueur l'agro-écologie génératrice de normes pénalisantes pour nos agriculteurs.

J'avais initialement écrit une analyse de l'ensemble du document, mais à la réflexion, à quoi bon : les propositions de ce parti heurtent frontalement l'idée que je me fais du devenir agricole de la France, peu ou prou celles du MoDem (à lire ici).

Les auteurs du projet exposent clairement leur intention de déconstruire les normes sanitaires et environnementales, ou, tout du moins, leur abondance.

Si je suis favorable aux simplifications, pour le reste, je me méfie comme de la peste des tentatives de jouer avec notre santé.

Je pense vraiment qu'il faut aller vers une agriculture biologique. Je reconnais qu'il y a une vraie difficulté parce qu'il faut rendre possible les reconversions des très grosses exploitations actuelles. Je ne vois pas comment y parvenir sans aide de l'État et de l'Europe, pour être franc. C'est d'ailleurs ce que propose l'Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe.

Toutefois, je me fais le raisonnement économique assez simple, j'espère qu'il est valide : ce qui fait la richesse, c'est le montant de la valeur ajoutée. Les produits biologiques se vendent plus cher que les produits agricoles ordinaires. Certes, leurs coûts de production sont plus élevés, mais généralement, la marge réalisée l'est aussi. Je pense donc qu'on pourrait revenir vers des exploitations plus petites, et, pour ce qui est de l'exportation, pourquoi ne pas envisager de faire de la France une puissance exportatrice d'alimentation biologique ? Je n'ai que les chiffres de 2013 mais nous en étions alors à 309 millions d'euros (lien ici). Il est vrai que d'ici à atteindre les 76 milliards d'euros de l'ensemble de la production  agricole, il y a un long chemin...

Il y a au bout de ce raisonnement quelque chose qui me paraît en revanche inévitable : on ne peut pas passer à une alimentation majoritairement biologique si les consommateurs n'acceptent pas de payer plus cher les produits qu'ils achètent. Cela revient ni plus ni moins à une hausse des prix. C'est quelque chose auquel il faut réfléchir. Peut-être que les conséquences positives dans le domaine sanitaire d'une alimentation bio compensent les surcoûts. A voir et à réfléchir.

Une chose me paraît certaine : pour les Républicains, ces objectifs sont inconciliables. Tout leur projet va dans le sens du maintien d'une agriculture lourde et intensive, telle que nous la pratiquons depuis cinquante ans.

 

 

mardi, 12 avril 2016

Taxer les CDD l'idée géniale de Valls et Macron. Désespérants...

Je ne sais pas quoi dire. Ce n'est pas que je sois fan des CDD, mais la réalité impose d'admettre qu'ils sont souvent des portes d'entrée dans un métier pour les jeunes en recherche d'emploi. Ils sont aussi une sécurité pour les petites et moyennes entreprises dont les perspectives ne sont pas suffisamment sûres pour garantir un CDI. Je ne parle même pas des TPE pour lesquelles cela peut être une première création d'emploi.

Ce gouvernement est profondément débile, je ne vois pas d'autres explications. Il l'a prouvé dans ses réformes de l'école, il le prouve tous les jours dans ses projets fiscaux, qu'ils touchent le particulier ou l'entreprise.

Comme le dit François Bayrou, on se demande à quelle logique ce gouvernement obéit. Dans l'immédiat, la CGPME (Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises) est furieuse et menace de se retirer de toutes négociations sur la loi-travail. On la comprend aisément.

Ce qui aurait été intelligent, mais tout de même à bien considérer en termes de coûts, ça aurait été d'accompagner le renouvellement du CDD en CDI au moins pour les TPE et les PME de petite taille en offrant une dégressivité de charges pendant deux ans, le temps que le CDI s'installe dans la structure. Je ne suis pas expert de la question, mais on peut imaginer une mesure encourageante, un signe fort, quoi que ce soit. Là, c'est tout l'inverse.

14:26 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : loi-travail, cdd, bayrou |  Facebook | | |

vendredi, 11 mars 2016

Si peu de bio, en France ?

Je suis assez estomaqué de constater, quand je me rends dans des grandes surfaces, que la plupart des produits frais bio ne sont pas cultivés en France. Et que l'on ne me dise pas que c'est un problème de climat, une très large part d'entre eux venant de Belgique, d'Italie ou d'Espagne.

Quand on trouve des légumes biologiques, s'il s'agit d'aliments de consommation courante, ils sont insipides au possible. 

On peut toujours se rabattre sur des centrales de productions locales, type ruches ou AMAP, mais il n'y a là aucune garantie de qualité gustative ni d'absence de pesticides. On sait seulement que le circuit de distribution est court, ce qui est une maigre consolation pour les papilles gustatives.

Je ne comprends pas ce qui coince : les grosses exploitations coûtent des fortunes en investissements, machines, engrais de toutes sortes pour un prix de vente misérable. Pourquoi les agriculteurs ne se reconvertissent pas dans l'agriculture biologique alors que la demande ne cesse de croître sur ce terrain et que les scandales sanitaires qui se succèdent lui assure une publicité renouvelée et gratuite ?

Il me semble que c'était dans le programme de l'ADLE (donc forcément du MoDem qui en est membre) que de proposer un recentrage des financements de la PAC sur l'agriculture biologique, et je pense avoir entendu Marielle de Sarnez soutenir cette position. L'idéal serait en fait de concentrer les aides en question vers la reconversion en s'assurant que les agriculteurs puissent tous se reconvertir avec un revenu décent à la clef.

J'appartiens, en tout cas, à un segment de clientèle pas satisfait par l'offre actuelle. Je souhaite de la qualité, du bio, du made in France si possible en circuits courts, et je ne trouve pas cette combinaison quelle que soit la chaîne testée (biocoop, naturalia, marchés, primeurs, petites, moyennes et grandes surfaces, épiceries électroniques avec livraison...).

L'agriculture, voilà un sujet de choix sur lequel réfléchir. J'engage les centristes, et particulièrement le MoDem, mon parti, à y réfléchir et à développer un programme sophistiqué mais efficace, d'autant qu'il est contingent de la sécurité sanitaire et par là, de la santé.

samedi, 20 février 2016

Loi El Khomri : je ne vois pas l'intérêt du salarié.

Je regarde les compte-rendus de la presse sur la loi El Khomri et j'avoue ne pas y voir d'intérêt pour les salariés, bien au contraire. Si on modifie le droit du travail, il faut que ce soit gagnant-gagnant comme aimait à le dire Ségolène Royal en 2007. Ce n'est pas du tout ce que je constate.

- La possibilité pour les entreprises de réduire la majoration des heures supplémentaires revient ni plus ni moins à baisser les revenus de ceux qui vivent grâce à leur salaire et des heures supplémentaires. Bref, travailler plus pour gagner moins. Bravo les Socialistes.

- Cela fait un bon moment que je pense que les 35 heures ne sont pas un problème et que les cadres débordés qui leur doivent de pouvoir se reposer de temps à autre les méritent bien. J'ai l'impression que ce projet précarise davantage encore les employés des petites entreprises.

- J'admets qu'une entreprise puisse se trouver contrainte de licencier pour des motifs économiques mais beaucoup moins qu'on déroule un tapis rouge aux licenciements abusifs.

Je retiens en revanche un aspect plutôt positif : le contrat de professionnalisation. Pour des personnes qui sont sans diplômes ni qualifications, en chômage de longue durée, cela peut être intéressant de se voir reconnu des qualifications "pratiques", pas forcément identifiées au répertoire national des certifications professionnelles mais utilisables sur le marché de l'emploi.

J'ai du mal à bien circonscrire le reste et ne le commenterai donc pas. Manifestement, à gauche, elle passe vraiment de travers...

lundi, 08 février 2016

Sarkozy, du sang et des larmes, vraiment ?

Melclalex (A perdre la raison) a eu la très bonne initiative de faire la liste des mesures économiques que propose Sarkozy en concluant qu'il n'y avait là que du sang et des larmes. Je ne suis pas de son avis. Il y a des mesures contestables mais d'autres qui me paraissent de bon sens. Reprenons donc sa liste en faisant un vulgaire copier-coller, je fais mes annotations en bleu.

  • "Effort" de 100 milliards en 5 ans pour réduire "les dépenses" en faisant voter des mesures concernant les dépenses de l’Etat, des collectivités territoriales et des régimes sociaux, notamment de retraite et d’assurance-maladie.
  • Difficile de dire grand chose : c'est typiquement ce que j'appelle un voeu pieux. J'attends le détail et me méfie de ce qui n'est pas calibré avec intelligence. Plutôt que de réduire les dépenses, commencer par simplement les stabiliser serait un bel exploit.
  • Suppression de l'ISF
  • 100% d'accord. Cette mesure est une authentique spoliation en plus d'être idiote. Je ne serais en revanche pas opposé à un très petit taux d'imposition (0.05%) sur le patrimoine dans son ensemble.
  • Modification, pour la diminuer, de l'imposition des revenus du capital actuellement imposés comme ceux du travail
  • Pas clair pour moi. Le capital, cela ne signifie pas grand chose : lequel ? Pour celui qui s'investit, cela ne me semble pas idiot, mais il faut voir précisément les mesures proposées.
  • Suppression des conditions de ressources dans l'attribution des allocations familiales
  • 100% d'accord. Les allocations familiales ne devraient pas être une politique de classe.
  • Suppression de l'abaissement du quotient familial (cette limitation du quotient familial ne concerne que 10% des ménages les plus aisés selon l'Insee)
  • 100% d'accord pour exactement les mêmes raisons que précédemment. La politique familiale n'a pas vocation à être autre chose que la politique familiale.
  • Diminution des charges pour l'emploi à domicile
  • Pourquoi pas, mais je pense que c'est déjà le cas, primo et secundo, on devrait avoir comme objectif de créer en France des emplois à haute valeur économique ajoutée. Ce n'est généralement pas le cas des emplois à domicile même s'ils ont en revanche une grande valeur sociale.
  • Non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite qui serait aussi imposé aux collectivité territoriales
  • L'état a stabilisé voire réduit sa fonction publique. C'est en effet aux collectivités de faire un effort, mais il ne faut pas procéder par décision autoritaire de l'État. Il faut laisser chaque région se débrouiller avec ses propres ressources et sa fiscalité. Une vraie décentralisation. On peut penser à une redistribution des régions riches aux régions pauvres, mais cela ne doit pas être excessif et, en tout cas, pas servir à se payer des fonctionnaires territoriaux supplémentaires.
  • Suppression des 35h pour les fonctionnaires, remplacées par 37h payées 37h
  • Je ne vois pas l'intérêt de cette mesure. Mieux vaudrait déjà commencer par assouplir les heures supplémentaires, d'autant que cela coûterait moins cher à l'État.
  • Suppression des 35h dans le secteur privé à renégocier dans chaque entreprise
  • Ça, c'est franchement débile. Mieux vaudrait ne plus toucher à rien. Assouplir les heures sup suffit, là encore, quand c'est nécessaire.
  • Création d'une allocation sociale unique, qui remplacerait la prime d’activité, l’allocation logement et le RSA
  • Ça sent l'entourloupe à plein nez : si le but c'est de les réduire, il faut avoir au moins le courage de le dire plutôt que d'avancer masqué...Je préférerais pour ma part qu'on réfléchisse sur leurs conditions d'attribution.
  • Rétablissement du jour de carence dans la fonction publique
  • Ça oui, cela me paraît le minimum. Sacrée démagogie de Hollande que d'être revenu dessus.
  • Création de contrats de 5 ans dans la fonction publique (CDD ?)
  • Amener de plus en plus de précarité, cela ne me semble pas intelligent. Mieux vaut plutôt externaliser certaines missions : les sociétés et entreprises qui répondront ne seront pas obligées de mettre à la porte leur salarié, ce dernier passera simplement d'une administration à une autre. On peut même imaginer des sociétés privées qui soient spécialisées dans la mission publique. 
  • Réforme du contrat de travail pour "mettre fin à l’insécurité juridique qui pèse aujourd’hui sur les entreprises"
  • Je ne suis pas expert du sujet. Qu'il annonce ce qu'il veut faire exactement, on jugera sur pièces. Là, c'est du bla-bla et cela ressemble à vrai dire à un faux nez. Si vraiment il a changé, qu'il ait le courage de ses opinions et dise ce qu'il veut faire.
  • Instauration de la dégressivité des allocations chômage (réduction de 20% au bout d'un an puis encore de 20% au bout de 18 mois
  • Je ne sais pas trop quoi en penser. Dans un marché de l'emploi dynamique, cela aurait un sens, dans une situation grippée comme la nôtre, c'est un peu pousse au crime...
  • Dès l'été 2017 projet de loi pour repousser l'âge de la retraite à 63 ans dès 2020 et 64 ans en 2025, projet qui s'appliquera aussi aux régimes spéciaux.
  • Malheureusement, je crois que c'est inévitable pour sauver les systèmes de retraites. Il faudrait tout de même essayer (vite !!!) le principe de comptes notionnels pour voir si cela pourrait marcher dans notre pays. Le principe en est que plus vous travaillez au-delà de la limite d'âge légale plus votre retraite est élevée ensuite.
  • Suppression du compte pénibilité pour la retraite
  • Non, pas juste. Réforme, peut-être, mais pas suppression. Avoir travaillé toute sa vie de nuit, par exemple, ou sur un chantier, ce n'est pas la même chose que d'être resté dans un bureau de 9h00 à 17h00.
  • Alignement du calcul des retraites des fonctionnaires sur celui du privé
  • C'est un des avantages de la fonction publique. Mais il y a une différence entre le privé et le public : les caisses de retraite du public sont provisionnées contrairement à celles du privé. Pourquoi mettre fin à un système qui marche pour l'instant ?
  • Suppression de l'aide médical d'Etat
  • A voir. A réformer plutôt parce que ce n'est pas très fûté : cela pourrait nous valoir de dangereuses épidémies si les étrangers ne se soignent plus. On ne devrait pas prendre de risques avec ces choses-là.
  • reprise du programme des privatisations
  • Il n'y a plus grand chose à privatiser et ce n'est pas une source de revenus pérenne.
  • Baisse de 10% de l'impôt sur le revenu
  • Financée comment ? 
  • Transformer les 17 à 20 milliards de CICE par an en baisse de charges patronales
  • Oui, sans doute. Plusieurs économistes ont observé que les entreprises françaises avaient les marges les plus faibles d'Europe.
  • Zéro charge sociales patronales pour les salaires au niveau du Smic.
  • Mais qui paye les droits auxquels peuvent prétendre les salariés au Smic, dans ces conditions ?

Bilan des courses, je ne suis pas aussi lapidaire que mon collègue blogueur de gauche. Je partage en revanche sa conclusion. Moi aussi je juge illusoire de réduire de 100 milliards la dépense publique, surtout dans un pays centralisé comme le nôtre. Il faut d'abord réfléchir aux missions de l'État et des collectivités, de toutes façons, et Sarkozy n'en parle jamais. Personne n'en parle vraiment, ou, tout du moins, ne fait de propositions précises sur ce sujet.

Je viens de voir le billet du Parisien Libéral, sur le même sujet. A consulter aussi.

mardi, 01 décembre 2015

Agriculture biologique contre agriculture polluante

Le modèle économique de la très grosse ferme me laisse perplexe depuis plusieurs années. Je ne vois pas quel est l'intérêt de devoir s'endetter pour des centaines de milliers d'euros, ne jamais avoir de vacances et trimer du matin au soir et du soir au matin, tout ça pour finir le mois avec à peine un SMIC. C'est pourtant le lot commun de la plupart des agriculteurs.

En agriculture comme en urbanisme ou encore en administration du territoire, j'ai une défiance envers le "big is beautiful de longue date.

Si la grosse ferme engendre des coûts tels qu'elle ne permet pas à un agriculteur de vivre, pourquoi ne pas revenir à des exploitations familiales ? Évidemment, dans cette optique, pas question de se positionner sur le créneau des gros producteurs. Il faut chercher d'abord un label biologique et écologique : pas de saloperies de pesticides qui empoisonnent les eaux et provoquent des cancers, pas de saleté d'antibiotiques parmi les animaux qui créent des bactéries résistantes.

Ensuite, il ne faut pas s'engager seulement sur des critères environnementaux et sanitaires ; il faut viser l'éthique. Je pense à la souffrance animale. Il n'existe aucun label à l'heure actuel qui assure que les animaux soient bien traités. Le label rouge est ce qui offre le plus d'espace aux animaux d'élevage mais il ne faut pas se leurrer, cela reste dérisoire. Ne croyons pas non plus pouvoir nous fier aux déclarations des artisans-bouchers. Ils peuvent bien raconter tout ce qu'ils veulent à propos des veaux élevés sous les mamelles de leur mère, c'est du marketing. Un discours tout fait qui ne correspond absolument pas à la dureté des élevages.

Les crises sanitaires majeures vont se multiplier : l'alimentation biologique deviendra alors un refuge. Les Français finiront par accepter de payer davantage pour une nourriture de qualité. Ils y gagneront en termes de santé, surtout si ce changement s'accompagne d'une évolution des habitudes alimentaires : moins de viandes, plus de végétaux.

Je suppose qu'il faudrait calibrer un grand plan de conversion de l'agriculture. La France doit au minimum rester auto-suffisante. La demande venue des pays émergents est croissante mais pas forcément pour de l'alimentation biologique. Pour nos exportations, il faudra réfléchir à la possibilité d'une filière bio. Il pourrait être intéressant de la coupler avec des modes de transports à peu près propres et créer un label qui aurait vocation à être facilement identifiable et connu par les consommateurs.

Espérons que les conversions biologiques se multiplient !

 

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